Ligue Rochelaise de Poker

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 Extrait POKER ARSENAL Mike Caro n° 2/4 (Syndrome du jeu fun)

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MOUKOUFLY
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MessageSujet: Extrait POKER ARSENAL Mike Caro n° 2/4 (Syndrome du jeu fun)   Dim 9 Sep - 19:43

Le Syndrome du Jeu Fun

Avant de poursuivre, je veux parler du SJF – c’est le Syndrome du Jeu Fun (Fancy Play Syndrom).

Une fois, je jouais au poker à la même table qu’un joueur auquel
j’essayais d’apprendre comment être un gagnant. Tout le monde à la table
se connaissait. Et tout le monde savait que j’apprenais à
ce type – appelons-le Joe – à jouer au poker. Je pensais que Joe
avait le talent potentiel pour faire du profit, même dans cette partie
difficile. Joe souffrait du pire cas possible de SJF que
j’aie jamais vu. Je regardais, atterré, comment il essayait, et
échouait, de me bluffer trois fois de suite. Après la troisième fois, il
a soupiré et dit, “J’étais certain que tu ne me suivrais
pas cette fois-ci. Tu devrais t’attendre à ce que j’aie une bonne
main tôt ou tard.” “Je m’attends bien à ce que tu aies une bonne main
tôt ou tard,” l’ai-je taquiné. “Et lorsque cela arrivera,
je passerai.”

Le Syndrome du Jeu Fun, c’est la maladie du poker dévoreuse de
bankroll, qui foudroie un million et demi de joueurs chaque année. Les
symptômes sont faciles à repérer. Le joueur atteint choisira
généralement le jeu le plus créatif plutôt que le plus rentable.
C’est parce qu’il veut impressionner ses adversaires par son
intelligence.

Lorsque vous avez un adversaire démoralisé à une partie de poker,
soyez toujours amical. Taquiner est acceptable, mais des sarcasmes mal
intentionnés se retourneront contre vous. Le truc est de
vous assurer que vos adversaires sachent qu’il faut avoir peur de
vous sans les mettre en colère. Faites-les réfléchir à deux fois avant
qu’ils ne vous prennent pour cible la prochaine fois. Vous
devriez être celui qui a l’avantage psychologique, pas eux. Donc,
faites en sorte que vos adversaires vous respectent et vous craignent, à
chaque fois que c’est possible.

En fait, ce jour-là, ma guerre psychologique a joué en ma faveur et
mon étudiant a commencé à jouer de manière très prévisible contre moi,
le rendant ainsi plus facile à battre. Mais contre
toutes les autres personnes, il était déterminé à faire un show. Il a
reçu deux grosses mains de suite. Il n’a relancé avec aucune, gagnant
quelques jetons avec des mains qui auraient dû lui
rapporter gros. Il a ensuite relancé au maximum avec une main bonne
mais pas extraordinaire, et a été bluffé à la river par un adversaire
astucieux.

Le Hold’em est un jeu où vous n’êtes que rarement capable
d’impressionner vos adversaires. La majeure partie de votre profit
provient de votre capacité à prendre de façon constante les décisions
les plus rentables et les plus évidentes sur une longue durée. Si
vous le faites, vous impressionnerez vos adversaires. Vous les
impressionnerez lorsqu’ils se rendront compte que vous avez leur
argent.

Restons simples

Je vais vous expliquer un concept similaire mais puissant : n’optez
pas pour des stratégies sophistiquées lorsque de plus simples sont
préférables. Et nous devons parler de quelque chose qui lui
est également étroitement lié. Pour comprendre comment certains
conseils de poker peuvent être idiots, vous devez comprendre la façon
dont les scientifiques d’aujourd’hui ont réinterprété l’un
des concepts que William d’Ockham, un philosophe anglais du XIVe
siècle, a rendus populaires. En fait, vous n’avez peut-être pas besoin
de le comprendre. Il a peut-être couché avec des chèvres,
pour ce que j’en sais.
Je parle du rasoir d’Occam.

(Note de François Montmirel Smile Le rasoir d’Occam (ou d’Ockham) est le
principe meta-théorique selon lequel “les entités n’ont pas à être
multipliées au-delà du nécessaire” (entia non sunt multiplicanda
praeter necessitatem). On en conclut que la solution la plus simple
est généralement la bonne. Ce principe est attribué au logicien anglais,
William of Ockham, théologien et franciscain, qui a
vécu au XIVe siècle.

Il est devenu clair que lorsque deux théories concurrentes peuvent
expliquer un événement, la plus simple est généralement la meilleure.
Cela est important, et je vais le répéter : lorsqu’il y a
deux manières ou plus d’expliquer pourquoi quelque chose s’est
produit, il est probable que l’explication la plus simple soit la bonne.

Imaginons qu’un matin, vous voyiez une brique de lait sur le plan de
travail de la cuisine. Le lait est supposé se trouver au frigo, mais il
ne l’est pas et il est resté là toute la nuit. Pour
autant que vous sachiez, vous étiez seul dans la maison. Maintenant,
vous pourriez émettre l’hypothèse qu’un ennemi inconnu s’est introduit
dans votre maison, a bu du lait, l’a ensuite empoisonné
et abandonné en espérant que vous le boiriez et mouriez. Ou alors,
vous pourriez faire le raisonnement que vous avez probablement oublié de
remettre le lait au frigo.

Les deux sont possibles. Mais, devinez quoi ? Vous et moi sommes
tous deux des joueurs dans l’âme, et vous savez ce sur quoi nous allons
parier – que vous avez oublié de remettre le lait au
frigo, n’est-ce pas ? Tout est possible, mais la réponse la plus
simple est la meilleure. C’est le rasoir d’Occam – vous vous débarrassez
de toutes les complexités inutiles et rendez favorite
l’explication la plus évidente.

Maintenant, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de bluffer au
Hold’em ? Eh bien, je viens juste de lire un conseil donné par un joueur
de poker sérieux, posté sur Internet, disant que dans
une partie de Hold’em à limites fixes, vous devriez rentrer dans un
pot avec 8-7 assortis après deux joueurs ayant suivi et un relanceur. Il
dit que le relanceur détient probablement une grosse
paire, donc si vous manquez presque totalement le flop, affichant un
As et deux autres cartes et pas de possibilité de tirage à quinte ou à
couleur, suivez le joueur détenant cette grosse paire.
La théorie est que suivre de manière surprenante au flop en n’ayant
rien fera en sorte que l’ouvreur soit sûr que vous avez quelque chose et
vous mettra en position de voler le pot avec un bluff,
fait à un moment opportun, lors de l’un des deux tours d’enchères
suivants.

Y a-t-il quelque chose qui cloche là-dedans ? Plein de choses !

C’est un exemple de jeu créatif et ce joueur est en plus syndrome de
jeu fun. J’enseigne moi-même des variations de ce jeu, et cela
appartient à votre arsenal de poker. Mais c’est une façon de
jouer à laquelle vous ne devriez recourir que rarement. Voici où le
rasoir d’Occam entre en scène.
Vous pouvez prendre n’importe quelle situation de poker, y ajouter
des complexités, argumenter à n’en plus finir sur la façon dont vos
adversaires vont réagir jusqu’à ce qu’ils correspondent
exactement à vos conclusions, et faire paraître pratiquement
n’importe quelle décision bizarre comme étant la plus logique. Tout
bluff peut être justifié.

Mais il demeure que la conclusion la plus simple est que vous ne
devriez pas du tout jouer la plupart du temps avec ces 8-7 assortis et
que, lorsque vous le faites, vous devriez checker ou passer
de votre plein gré lorsque vous manquez le flop et que le relanceur
initial mise au flop. Ici, il n’y a pas de profit de bluff sur le long
terme. Le choix de la stratégie la plus simple est
généralement le meilleur. Ce n’est pas par hasard si les exceptions
sont des exceptions.

Et voici un autre exemple. Un grand nombre d’experts conseillent aux
joueurs de miser au flop avec un tirage à quinte ventral, au Hold’em.
Certains appellent cela un semi-bluff. Cela aurait-il
été présenté comme une exception rare, c’eût été un conseil
rentable. Mais, en utilisant des arguments plus complexes pour en faire
la tactique principale, les experts violent le rasoir d’Occam
et ignorent l’explication évidente de ce que vous devriez faire –
checker.

La raison pour laquelle je vous dis cela est que, une fois devenu
habile au Hold’em, il sera facile de justifier une action inhabituelle.
Mais la décision la plus évidente est généralement
correcte. Vous devriez faire des exceptions occasionnelles pour que
vos adversaires observateurs ne soient pas sur leurs gardes et pour
faire plus de profit. Mais si vous vous écartez trop
souvent des décisions les plus simples et évidentes, vous êtes
certain de sacrifier une part de profit.

Rappelez-vous du rasoir d’Occam la prochaine fois que quelqu’un
justifie une décision de poker par un argument complexe quand un
argument plus simple mène à une décision différente. La complexité
est parfois juste, mais le plus souvent elle ne l’est pas.

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